Dimanche 15 juin 2008 7 15 /06 /Juin /2008 20:47

 

Après un show à Atlanta, les Butthole Surfers crèchent chez une amie, dont la petite sœur fréquente Amy Carter – la fifille de l’ancien président des Etats-Unis et marchand de cacahouètes Jimmy Carter. Fifille Carter évite la bande de rockeurs dégénérés, et attend dans la chambre de son amie que son père passe la prendre en voiture, vers quatre heures du matin. Peu avant l’heure due, Amy Carter descend sa valise dans l’entrée, près du salon où les BS sont en train de se rendre encore plus stoned. Haynes en profite subrepticement pour aller frotter son pénis et ses parties génitales contre la valise. A l’heure prévue, ils voient – non sans flipper, abus de Mariejeanne et d’acide aidant - le dispositif de sécurité et les gardes du corps arriver. Et Haynes et sa bande d’observer la scène depuis une chambre au premier étage, hilares : Amy Carter prend sa valise, la porte devant la limousine de l’ancien président, qui prend à son tour la valise souillée par l’appareil génital de Gibby Jerome Haynes, et la met dans le coffre. L’ancien président de la première puissance au monde ne se sera jamais douté que la valise qu’il a touchée, et été maculée des fluides de la zigounette et des coucougnettes du plus dépravé des chanteurs de punk-rock …
Haynes et sa bande se rappelleront de cette blague d’un âge mental de 12 ans comme l’un des plus gros fous rires de leurs années sauvages.

Les Butthole Surfers perdent de nouveau un bassiste, Smart, qui aspire à revenir à mode de vie plus sain, et s’exclame un soir où les membres du combo doivent dormir à même le sol d’un rade underground craspec, en hurlant : « POURQUOI ? POURQUOI ON FAIT CA ???? ». « Ben, c’est marrant », répondent les membres du cirque B.H. Exit Terence Smart, débarque un pauv’gars canadien de dix-neuf ans, Trevor Malcolm, qui ne doit pas savoir où il a mis les pieds.  Sa contribution : un tuba (volé) qui sera bientôt de nouveau saisi par la police.

Des années de tournées intensives ont, via le bouche-à-oreille et les fanzines, installés la réputation  des B.S comme un grand groupe de scène, ou plutôt un freak-show physiquement et visuellement outrancier. Il faut dire qu’Haynes et Leary mettent le paquet pour les shows soient les plus agressifs pour l’oeil. La collection de films projetés sur un drap en arrière-plan s’agrandit et enfonce un peu plus le clou dans la volonté du groupe de se vautrer dans l’obsession de l’anormal, du hideux, du difforme, du purulent ; à l’agression sonore s’ajoute le crime contre la rétine (comme si l’aspect physique du groupe ne suffisait pas…). Leur stock de films commence à prendre une première ampleur grâce à Teresa Taylor, qui en sa qualité d’étudiante à l’université du Texas, peut avoir accès à la filmothèque de la fac.  Leurs munitions ? Des films montrant des autopsies, des explosions atomiques, des scènes de chirurgie esthétique faciale, des personnes atteintes de crises d’épilepsie, etc...Leary regrette encore de ne jamais pu avoir accès à « Operation Dry Pants », un film éducatif à l’intention d’enfants trisomiques pour leur apprendre les règles d’hygiène aux toilettes.
Mais cela ne devait pour le coup décourager l’inextinguible fascination pour le pire de Gibby Haynes, qui réussit un hold-up en se faisant passer pour « Dr Haynes, de l’Université du Texas », pour piocher dans le catalogue de films médicaux de l’institution. Le sommet de leurs shows devient un temps un film montrant une opération de reconstruction pénienne  après un accident de moissonneuse-batteuse (question de l'auteur : mais comment le pauvre gars s'y est pris ???). Coffey : « Je me rappelle le jour où c’est arrivé par la poste. On l’a projeté et on s’est mis à hurler d’horreur ». Pas une raison, en tous cas, pour se priver du plaisir de le projeter sur scène, parfois même à l’envers. « Ca semblait juste très drôle », ajoutera Leary.

Musique violente et insane ;  films cauchemardesques. Beaucoup se souviennent avoir vu des gens hurler de dégoût, voire vomir et quitter la salle en état de choc. « C’était ce qu’on voulait », dira Taylor. Des aspects les plus malsains de prestations live de Surfers, Leary dira : «  C’étant marrant, je veux dire : la musique rock doit être quelque chose que ta maman doit haïr – si tu veux que cela soit satisfaisant. Nous faisions de la musique que les mamans détesteraient vraiment, et ça comprend les shows : avec de la nudité et de la violence et des flammes et de la fumée, et une musique hideuse, assourdissante, et qui te fait mal partout ». Les mômans (on doute qu’une môman aurait effectivement supporté plus d’une minute de cette ménagerie sauvage) n’étaient pas les seules que les B.S cherchaient à choquer : toute personne sous influence cannabique ou, pire encore, trippant au L.S.D, devait voir son trip virer au cauchemar. « J’ai toujours pensé que nous devions être un groupe abominable à voir sous acide », se souvient King Coffey, « vraiment, une très, très, très mauvaise idée ».  Le groupe apprend aussi à doser ses effets, en mêlant des chutes de films sous-marins, des programmes télé sur la nature, et même des épisodes de « Drôles de Dames », afin de rendre le contraste avec les autres horreurs plus choquant et vomitif.

Dans leur taudis de Winterville, près d’Athens, les Butthole Surfers enregistrent leur nouvel effort : « Cream Corn from the socket of Davis », dont le titre vient d’un projet de pochette montrant de la bouillie de maïs jaillir de l’orbite de Sammy Davis Jr (qui portait un œil de verre, comme nul n’est censé l’ignorer). Mais même Leary a tiqué devant « la brutalité » de l’imagerie, qui ne restera que de façon cryptique dans le titre. Même topo musicalement : un mélange de psychobilly, de punk, de post-punk, rythmé de façon tribale – avec la finesse de la démarche d’un dinosaure -, une bouillie évoquant toujours le groupe de John Lydon, mais sous L.S.D, ponctué des habituels vocaux gutturaux distordus de Haynes, le tout évoquant toujours une sorte de cartoon de Tex Avery mis en musique par des Texans ayant aspiré de l’hélium et des laxatifs avant de chanter. Si « Moving to Florida », morceau sur lequel le chanteur (toujours du mal à employer ce mot à propos de ce type-là) monologue sur son envie d’atomiser la Floride - ce qui n’est pas rétrospectivement une si mauvaise idée concernant l’Etat qui a élu Jeb  Bush - est un morceau de choix en termes de dinguerie hilare,  le disque ressemble plus à une resucée des précédents efforts, on tourne en rond sur bien des points. Sauf que la donne est plus que jamais posée et que le fond de commerce de l’imaginaire des Surfers  – les folies et perversions américaines, les hommes d’affaire corrompus, les politiciens sadiques, les pratiques sexuelles déviantes, l’inceste, les cow-boys schizophrènes, les mauvais trips, les amoureux de la Bible zoophiles – semble toujours se vautrer dans une certaine fascination pour le pire, ou de moins refuse de simuler la moindre distance critique, à la différence d’un groupe comme le Big Black de Steve Albini, par exemple (qui lui aussi produit un flot de textes malsains sur fond de stridences lobotomisantes, on pense à « Jordan, Minnesota », cette provocation cauchemardesque basée sur un fait réel – la pratique ritualisée de la pédophilie, du viol et de l’inceste dans un village reculé dans cet Etat où virent le jour les frères Coen). A la différence du gringalet intello de Big Black, qui produit des chansons choquantes mais animées par un réel dégoût et une démarche journalistique « behavioriste », les Butthole Surfers réussissent toujours à créer un réel malaise en semblant, volontairement ou non, jouir de cet univers cauchemardesque, voire en être les acteurs.

Par Jerome
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  • Etre expérimental ayant eu dans le passé un fort tropisme pour la musique déviante et bruitiste, mais qui aime aussi Nina Simone et Amy Winehouse.
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