Partager l'article ! Episode 5 : les Butthole Surfers remplacés par des remplaçants: Les B.S perdent de nouveau leur bassiste, Malcolm en ayan ...
WEIRDELICA !
Un bleurgh consacré aux monstruosités, anormalités, accidents industriels, musiciens incompétents,
zozos de tout poil, imbéciles de tout genre, incongruités, bizarreries, phénomènes inquiétants, drôleries, dégénérés, stridences, bruitistes, excès, génies involontaires, terroristes sonores,
etc...qui ont traversé - plus ou moins brièvement - l'histoire de la contre-culture rock and roll. Pour le meilleur et le pire, du plus inquiétant au plus drôle. Un mot d'ordre : "Weird shit
happens", quelques-unes de ces anomalies valent un peu d'investigation, histoire de s'en réjouir ou d'en s'en inquiéter. The Dark Side of The Rock and Roll pour internautes aux feuilles de chou
pas trop sensibles.
Les B.S perdent de nouveau leur bassiste, Malcolm en ayant sa claque de cette clique de fous et de la façon dont il y est
traité en son sein. Après qu’un autre bassiste les eut joints pour une série de concerts dans le Midwest, mais refuse de s’embarquer pour la tournée européenne à venir, et quitte le groupe,
Haynes et Leary se tournent de nouveau vers Kramer et lui ordonnent de les rejoindre pour le vieux continent en ces termes : « Kramer, t’a pas
intérêt à avoir menti quand tu as dit que tu voulais jouer avec nous encore plus que tu voulais baiser ta petite sœur, parce qu'on a besoin de toi grave ». Et Kramer de rejoindre, de nouveau, les Surfers.
Une des dernières dates américaines avant l’Europe donne lieu à une des anecdotes les plus cocasses de l’histoire des
Butthole Surfers. Censés jouer à Trenton, dans le New Jersey, le groupe se démerde encore pour se pointer à la bourre, et apprend que le management les a remplacés par les… Replacements[1].
Haynes réussit à convaincre les propriétaires de la salle de les laisser jouer en première partie, sous le nom de Playtex Butt Agememnons.
La rencontre
entre les B.S et le groupe de punk lourdingue de Paul Westerberg est tendue, Haynes et Leary se lançant à une chasse à l’acide frénétique. Si les
Remplacements n’ont pas non plus la réputation d'être des enfants de chœur (ils tournent plutôt à la bibine et au speed), ils sont effrayés par la bande de fous furieux. Un roadie témoignera pour
un fanzine : « Je me rappelle qu’ils demandaient à tout le monde où ils pourraient trouver de l’acide. Ils étaient complètement fous. Ils nous
faisaient vraiment peur. Ils nous faisaient peur à nous en faire chier dans notre froc ».
Il est vrai que la consommation de L.S.D de la plupart des membres du groupes, dont tous les témoins s’accordent à dire
qu’ils étaient sous trip pendant tous leurs concerts (King Coffey rectifie : « Pas tous les concerts. Personnellement, je ne peux pas jouer de la batterie sous acide. La fois où je l’ai fait, j’étais un peu perdu niveau rythmique »), est, en quantités énormes, le régime de base des B.S. A défaut d’acide, ils doivent au moins tourner à l’herbe.
Et leur tournée européenne, où ils ont moins facilement accès à leur drogue de prédilection, atteint donc des sommets dans le chaos et la violence : « On buvait encore plus pour compenser, et on était encore plus énervés parce qu’il n’y avait pas d’herbe dans le coin, et on faisait des concerts
littéralement violents dans lesquels les gens se faisaient cogner dessus. On pissait sur quiconque était à notre portée ou on frappait » (Coffey). Pour des blaireaux de Texans givrés jamais sortis de leur pays, l’Europe est une expérience autre : « C’était
comme aller sur la lune », raconte Leary, qui avec un bon fond de péquenot-attitude texane, découvrit que « ces gens sont différents,
là-bas. Ca vous donne envie de frapper encore plus fort, c’est un environnement étranger, et au bout d’un moment ils commencent tous à vous faire chier ». Alors que beaucoup de groupes indépendants de l’époque auraient rêvé de faire une tournée en Europe, où les groupes sont mieux payés, logés à l’hôtel et
nourris, le tourisme, la découverte et l’exotisme font peu partie de l’éducation (???) des bouseux frits à l’acide. « Ils vous donnent des tas de
merde à manger. Ils vous donnent des gâteaux. Je vous le dis, je veux plus rien avoir à faire avec ces
Allemands ; ils veulent vous faire visiter leur ville ».
C’est pendant le gigantesque festival Pandora’s Box, aux
Pays-Bas, que le public européen va pouvoir éprouver l’étendue de la dinguerie du cirque B.S. Une date
importante, puisque le festival est l’un des plus gros et des plus suivis en Europe. Et peut permettre au groupe d’asseoir un peu plus son culte
au-delà des frontières américaines, et de devenir un des plus gros noms de la scène rock alternative. A l’heure de la balance, Kramer découvre un Gibby Haynes dans un état d’ultra-défonce ultra
avancé : «Il avait gobé quatre tablettes d’acide et bu une bouteille de Jim Beam avant le début de la balance ». Pendant laquelle il disparait dans la nature batave. Paul Leary, qui fonde d’énormes espoirs en termes commerciaux sur cette apparition dans ce festival, pête
les plombs devant le reste du groupe, désemparé : « Que ce connard aille se faire enculer ! Je hais ce putain de groupe, je jure devant
Jésus sur sa croix, je hais ce putain de groupe encore plus que je me déteste moi-même. Et c’est déjà beaucoup. Je m’en fous si on ne joue plus ». Kramer est mandaté pour retrouver le
chanteur égaré - qui a oublié son propre concert – et le retrouve, après avoir inspecté tous les plateaux où les différents concerts ont lieu (et ils étaient nombreux), devant la scène où joue
Nick Cave and the Bad Seeds. Nu comme un ver, tentant de grimper sur la scène, y réussissant parfois, avant de s’en faire éjecter par les
durs à cuire du service de sécurité. Après de multiples tentatives d’escalade de la scène, Gibby Haynes (et son crâne) va rencontrer un objet contondant qui fait mal : la botte militaire à bout ferré que porte le guitariste des Bad Seeds, l’extrémiste teuton de notoriété neubauteunienne, Blixa Bargeld. Coup de tatane qui produit l’effet recherché, et neutralise Haynes, qui va atterrir inconscient sur le devant de la scène. Pris de panique,
Kramer se rue au secours de son
compagnon en crimes musicaux, lequel ne semble plus respirer. Mais le répit n’est que de courte durée : « Je lui tape sur l’épaule, et
soudainement, il se relève, comme un volcan, et commence à foutre des coups de poing dans toutes les directions ». Et s’agrippe à toutes les minettes alentour, commettant force
pelotage, non sans provoquer l’ire des petits copains desdites minettes et des gorilles du service de sécurité. Qui vont laisser, voire participer, à l’exception punitive que vont mener les
petits copains offensés, et Nick Cave, descendu de scène, pour calmer le trublion et lui administrer « une raclée complète, un tabassage en règle,
avec des coups dans le ventre, sur les épaules, la tête », et qui va estourbir un Gibby de nouveau inconscient.
…pour quelques minutes : dès que les molosses de la sécurité ont regagné leurs postes, Haynes se relève, et se met à hurler à l’encontre de
l’assemblée : « ESPECE DE PEDES D’HOLLANDAIS !!!! PUTAIN DE FOUTUS CONNARDS DE PEDES HOLLANDAIS !!! TOUT UN PUTAIN DE PAYS ENTIER AVEC
RIEN D’AUTRE QUE DES FOUTREURS D’ETRONS !!! JE VOUS ENCULE TOUS AU CIEL COMME EN ENFER !!! ALLLLLLEEEEEZ VOUS FAIRE FOUUUUUUUUUTRE !!! ».
Les témoins de la scène se rappellent que s’ensuit alors une mémorable chasse au fauve dans tout le
complexe hébergeant le festival : « Un truc que l’on aurait même pas imaginé en rêve », se souvient Kramer, qui dépeint la scène
sans que l’on ait besoin de rajouter quelque chose : « Aussi nu que le jour où il était né, couvert de bleus et de sang, en plein délire,
cette icône de la musique moderne était en train de courir comme Jesse Owens dans tout le complexe, il montait les étages, les descendait aussitôt, prenant tous les verres de bières qui lui
passaient à portée de main, en buvant un peu de bière, avant de les balancer sur le public, en bas, en haut, au rythme de sa course effrénée ».
Kramer arrive à retrouver Haynes au moment où il se fait ceinturer par une vingtaine de molosses chargés de la sécurité. « Gibby est complètement fou, mais pas stupide ». Le chanteur pris au piège se met alors à hurler : « CHUIS DESOLE !!! PUTAIN CHUIS DESOLE !!!! S’IL VOUS PLAIT ARRETEZ DE ME COGNER !!! J’AI UNE TUMEUR AU CERVEAU !!! JE PEUX PAS M’EMPECHER D’ETRE COMME CA !!!! S’Il VOUS PLAIT ARRETEZ DE ME BATTRE !!! C’EST CONTRE MA
RELIGION !!! ».
Magnanime, le service de sécurité le laisse partir et se rabattre vers la loge réservée au groupe. Dans laquelle s’ensuit une
peignée mémorable entre un Haynes à l’état sauvage et un Leary tout colère. Kramer, qui écoute la scène de ménage derrière la porte, entend force imprécations, fracas, bris d’objets, hurlements,
insultes, et trouve finalement le courage d’ouvrir la porte, pour découvrir les deux membres fondateurs des Butthole Surfers dans un grand moment du
classique rock’n’roll : la mise à sac, complète et méthodique, de leur loge, les deux compères essayant de s’occire à coups de bouteilles, de guitares, de chaises, mais ne réussissant à
l’arrivée qu’à créer un champ de ruines. Kramer se remémore avoir vu "l’exemple le plus puissant de mauvaise conduite de" sa vie.
« A ce jour, plus de quinze ans après, je n’ai pas de souvenir plus vif de l’effet que la musique rock puisse avoir sur l’être
humain ».
Moment de magie dans cette scène de chaos entre deux acid-freaks : un homme entre dans la loge, et demande placidement, faisant semblant de ne pas s’être aperçu d’avoir atterri dans un
mini-Beyrouth, si on peut lui prêter une guitare.
- « EMPRUNTER UNE GUITARE ???? BEN QUOI, PUTAIN T’ES QUOI AU JUSTE ???? », se met à hurler Haynes.
- « Je m’appelle Alex Chilton », répond avec un
calme olympien l’ancien leader de Big Star à Gibby, qui reste bouche bée, comme un gosse surpris en
train de piquer une grosse crise par le mec le plus cool du lycée.
- « Prenez ce que vous voulez », dit Haynes, en essayant de trouver des guitares qui ont échappé au pugilat.
Mais, malgré ce court moment de répit, la prestation néerlandaise des Butthole Surfers ce
soir-là avait vocation à tutoyer les sommets du chaos : avant d’entrer sur scène, Gibby Haynes engloutit presque cul-sec l’intégralité d’une bouteille de vin rouge. Quelques minutes après
que le set eut commencé, il se lance dans un périlleux exercice de stage-diving, et saute de la scène avant de voir le public s’écarter "comme la mer Rouge". Et de finir au sol, la tête la
première, complètement sonné, cascade qui suscite une pluie d’applaudissements de la part du service de sécurité, franchement hilare. Le chanteur essaie péniblement de se relever, mais, comme le
décrit Kramer, « il essaie de bouger, et s’effondre à nouveau, et du vomi commence à sortir de sa bouche ».
A la plus grande surprise des autres
membres du groupe, Gibby Jerome Haynes se déclara à l'issue du show furieux d’avoir été inconscient pendant la quasi-intégralité du concert d'un groupe dont il était censé, tout de même, être,
sinon le leader, du moins la tête pensante. Et Haynes de se tourner vers les organisateurs de Pandora’s Box en exigeant d’être payé dans les cinq minutes qui suivent sous peine de s’en
« prendre à leurs testicules hollandaises ». Effrayés, les Bataves, qui ont l’habitude de
mener des affaires de façon carrée, lui donnent une liasse de Florins. Qu’Haynes emporte dans sa loge,
glisse dans un slip qu’il cache dans un étui de guitare, avant d’oublier, au bout de quelques minutes, que le groupe A ETE PAYE. Et de repiquer une crise, de poursuivre nu comme un ver les
membres de l’équipe du festival, hurlant à l’arnaque : « PUTAIN DE PEDES HOLLANDAIS !!! UN
PAYS ENTIER DE REINES DU SUCAGE DE BITES !!!! PUTAIN VOUS M’AVEZ TABASSE ET VOUS NOUS ARNAQUEZ !!!! LEQUEL D’ENTRE VOUS, BANDE DE PEDES,
NOUS A VOLE NOTRE FRIC ??? PUTAIN DE PEDES HOLLANDAIS !!!! ».
S’ensuit une autre chasse au Gibby dans tout le complexe, des tractations déraisonnées, la libération du chanteur par des molosses qui rêvent depuis une
demi-journée de lui administrer la correction qu’il mérite, puis une autre course de Haynes au travers de la salle, proférant force obscénités, volant tout verre de bière à portée de main, en
buvant le contenu, avant de se servir du gobelet comme projectile.
N’importe quel individu se comportant de telle façon aurait été arrêté pour trouble à l’ordre public. N’importe quel artiste ayant été absent au concert de son groupe, ou inconscient pendant la quasi-totalité du show, aurait été la risée du public ou de la critique, ou l’objet d’amusement d’observateurs ignorants de la débauche texane. Mais nous sommes dans le rock’n’roll, les valeurs sont inversées : plus extrême, plus débile, plus violent, mieux c’est. La presse musicale néerlandaise fait des Butthole Surfers LA sensation du festival Pandora’s Box. Qui, quand ils reviendront plus tard au pays du petit pain au hareng, s’attendront dire : « C’est dommage que vous ne tabassiez plus les gens ». La réputation des B.S en Europe est lancée.
Shockabilly et les Butthole Surfers commencent à devenir des noms connus dans la scène underground européenne, même si le groupe de Kramer jouit d’une renommée plus ancienne et mieux
établie. Au point que certains organisateurs de concerts pas très scrupuleux n’hésitent pas à faire venir les B.S en les faisant passer pour Shockabilly. Une petite approximation, ne chipotons
pas, hein ? le bassiste est bien un membre de Shockabilly. Mais les B.S ont leur fierté, et justement, ils sont plutôt du genre à chipoter. C’est ainsi que Leary se met très en colère quand
il s’aperçoit de la supercherie montée par un promoteur qui les a fait venir à Stavanger, ville de Norvège connue pour sa prospérité due à l’industrie pétrolière, son ennui quasi-polaire (qui en
fait une des villes comptant le plus de toxicomanes au pays des fjords, ce qui avait au départ tout pour plaire à Gibby et sa bande), et son école d’ingénieurs. Ingénieurs qui, justement, entendent fêter la fin de l’année en écoutant du punk-rock, et constituent le public d’un concert lui aussi destiné à entrer dans la
légende. Offensé de voir son groupe pris pour une poire, Leary refuse de jouer et se promène sur scène, le slip baissé sur les chevilles, pendant suffisamment de temps pour que quelqu’un
prévienne la police. A l’arrivée de laquelle le guitariste se claquemure dans sa loge, pendant que Kramer et Haynes réussissent à convaincre les pandores, que non, on va le calmer, il sera sage,
et tout, et on va faire un concert très décent, sans zigounette. Indulgence de la police norvégienne, qui laisse le concert se poursuivre.
Ce seront les Butthole Surfers qui seront moins indulgents envers le public d’étudiants de Stavanger. « Ils avaient tous des coupes de cheveux style
Aha, et ils nous regardaient jouer les bras croisés », se souvient King Coffey avec une certaine tendresse pour ce show. « Ca devenait
évident que ces mecs étaient des trous-du-culs, alors Gibby a lancé « Fuck you, guys », et a demandé à tout le monde de quitter la salle ». Stupéfaction des étudiants
ingénieurs blondinets, qui comprennent alors à leur corps défendant ce que vaut une injonction gybienne : avec force pluie de coups, lancers de bouteilles, chaises, objets divers, le colosse
au cervelet frit à l’acide réussit à faire sortir tout le monde de la salle. Le groupe recommence à jouer, dans une salle vide ; mais petit à petit, les étudiants se mettent dans la
tête l'idée bizarre que ces gens-là se sont calmés, et qu’ils sont de nouveau les bienvenus dans la salle. Fatale erreur. Pendant près d’une demi-heure, quiconque ose pénétrer dans la salle
se voit de nouveau molester par Gibby Haynes, et encore, et encore, et encore...jusqu’à ce que le groupe finisse son set dans une salle dans laquelle personne n’ose s’aventurer. Conclusion de
Coffey : « C’était plutôt marrant, comme ça, de forcer littéralement les gens à sortir de la salle pendant un
concert ».
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