Partager l'article ! Episode 6 : où les Butthole Surfers rencontrent la Madonne du caca: 1986 voit les Butthole Surfers entreprendre une nouvelle tournée aux E ...
WEIRDELICA !
Un bleurgh consacré aux monstruosités, anormalités, accidents industriels, musiciens incompétents,
zozos de tout poil, imbéciles de tout genre, incongruités, bizarreries, phénomènes inquiétants, drôleries, dégénérés, stridences, bruitistes, excès, génies involontaires, terroristes sonores,
etc...qui ont traversé - plus ou moins brièvement - l'histoire de la contre-culture rock and roll. Pour le meilleur et le pire, du plus inquiétant au plus drôle. Un mot d'ordre : "Weird shit
happens", quelques-unes de ces anomalies valent un peu d'investigation, histoire de s'en réjouir ou d'en s'en inquiéter. The Dark Side of The Rock and Roll pour internautes aux feuilles de chou
pas trop sensibles.
1986 voit les Butthole Surfers entreprendre une nouvelle tournée aux Etats-Unis, mais sans Kramer à la basse ; celui-ci est victime d’une intoxication
alimentaire – qui n’est peut-être qu’un prétexte commode pour quitter une bande de fous assez stressante, notamment du fait que le van de tournée était conduit nuitamment par un type constamment
en train de tripper sous acide. Exit Teresa Taylor, également, qui se dit éprouvée par le mode de vie du groupe. Le groupe quitte la banlieue d’Athens et reprend son mode de vie de cirque
ambulant, avant de s’installer à Atlanta, dans un quartier particulièrement dangereux du centre ville, pour des raisons pratiques : leur nouvelle batteuse, la désolante Cabbage , y dispose d’une maison et d’une salle de répèt ‘. Ce qui compense le fait que Cabbage
« ne savait et ne pouvait pas du tout jouer de la batterie ». La percussionniste fait rencontrer au membre du groupe son amie Kathleen
Lynch (aucun rapport avec le cinéaste de la méditation transcendantale), qui va devenir une nouvelle attraction du cirque buttholesurferien, certes déjà en roue libre, mais qui va là franchir
encore plus les limites de la décence.
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C’est avec elle que les Butthole Surfers vont commettre leur concert le plus outrageux et sans doute le plus mémorable de leur déjà tristement décadente
histoire : le groupe arrive à New York pour jouer deux soirs à la Danceteria, mais découvre que le management a supprimé une des deux dates (qui étaient par ailleurs royalement
payées) ; dès le début du concert, fin saoul et très énervé, Gibby Haynes se saisi d’une bouteille de bière et l’éclate sur la tête de Leary, qui tombe à terre, à la plus grande horreur de
l’assistance…avant de se relever aussitôt. La bouteille était un accessoire en sucre du B.S Circus. Mais la fine plaisanterie ne calme pas le chanteur, qui entreprend de lancer de vraies
bouteilles, cette fois-ci, vers le fond de la salle, dont une fait exploser le tube néon indiquant la sortie. « A partir de là, le concert a viré au
chaos le plus complet », dira Haynes, un homme pour qui la définition du mot chaos n’est déjà pas celle du pékin de base.
Gibby Haynes entreprend ensuite de mettre le feu à une poubelle au beau milieu de la scène. Lynch descend de la scène et se met à danser au milieu du public, avant d’enlever le peu qui lui reste
de fripes et sa culotte. Kramer rapporte un des moments les plus littéralement anaux du rock’n’roll : « Gibby est lui aussi descendu et a
commencé à lui foutre son pouce dans le cul. Il la baisait en faisant venir son pouce en avant et en arrière dans le cul de cette fille, et cela a duré une demi-heure, voire trois quarts
d’heures, juste comme ça », avec le groupe jouant derrière. Et, l’énervement du chanteur semblant se communiquer au groupe, qui avait jusqu’alors joué cinq petits morceaux complètement
bordéliques, Leary colle sa guitare contre l’ampli, s’amusant à produire d’assourdissants larsens et feedback. De quoi rendre sourd le public, mais aussi aveugle : la machine stroboscopique
des Surfers tourne à plein régime, les autres membres font sonner des sirènes, des films tordus défilent sur l’écran, la fumée remplit la salle.
Leary se souviendra plus tard de la suite du concert : « Gibby s’est mis à pisser dans une batte de base-ball gonflable, pour faire une
‘baguette de pisse’, puis à commencé à frapper le public avec, qui a été éclaboussé d’urine ». Puis Haynes rejoint Lynch sur scène, et,
pour reprendre les mots de Leary, « commence à la monter ». « Ses jambes (celle de
Lynch, NDLR) sont en l’air, et on voit les mouvements du cul de Gibby au travers de la fumée et des lumières stroboscopiques, c’était réellement vraiment
hideux », commentera Leary après avoir vu une vidéo du concert. Le guitariste, lui, en plein milieu de cette bacchanale, s’occupe à faire des trous à coups de tournevis dans tous les
amplis à portée de tournevis.
Destruction punk qui fera moyennement rire le management de la Danceteria, qui accepte de payer les
Surfers, mais les escorte en dehors du club à grand renfort de videurs costauds comme tout, en éructant l’anathème rituel : « Vous ne jouerez
plus jamais dans cette ville ». « Et dans les deux semaines qui suivirent, on jouait au CBGB, pour plus d’argent
!».
Après ce show historique,
Kathleen Lynch va devenir une attraction plus ou moins régulière du cirque. A titre de danseuse. Un peu,comme plus tard, Bez dans les Happy Mondays, on ne comprend pas très bien à quoi ça sert, mais ça amuse les foules.
Kim Gordon se souvient de la deuxième apparition new-yorkaise des Butthole Surfers avec Lynch : « Elle avait
le crâne rasé, son corps était peint, le concert était…sauvage. Gibby la faisait aller et venir entre ses jambes tout en crachant du feu. C’était vraiment un truc de fous ».
Les concerts des Butthole Surfers semblent en tous cas à déconseiller au binoclards, la folie du groupe contaminant le public, se rappelle la
bassiste de Sonic Youth, qui était dans la salle avec le nouveau batteur du quartet new-yorkais, Steve Shelley : « On était vers le fond de la salle avec Steve, et là je ne sais pas comment ça s’est passé, mais il s’est retrouvé avec ses lunettes
cassées ».
Le nouveau membre informel – et sporadique – des B.S acquiert vite le surnom de « Tah-dah The Shit
Lady ». Explications de Leary : « Elle s’était trouvé un job à New York dans un truc genre Sex World[1],
où on lui explique comment faire son strip-tease, et le premier truc qu’elle fait, c’est de se dessaper, et de déverser un mur de diarrhée en faisant ‘tin-din !’. Et ils ne l’ont pas virée, le lendemain les proprios du club ont mis des affiches ‘On a de la chatte noire,
on a de la chatte blanche, et on a The Shit Lady ». Elle était devenu une attraction à succès ».
Pas à proprement parler membre du groupe, mais joignant régulièrement les Butthole Surfers
sur scène, Lynch restera un mystère pour les autres B.S, qui n’auront jamais conversé avec la donzelle. Qui apparemment avait fait vœu de mutisme et
n’avait pas parlé pendant une année entière. Un exercice spirituel, selon King Coffey, qui se rappelle voir Tah-dah mimer une irrépressible envie
d’uriner à une caissière interloquée d’un fast-food en Louisiane. « Elle adorait les odeurs corporelles, le corps humain, les chaussettes sales,
toutes les choses venant du corps lui semblaient belles, et nous avions eu un mal de chien à lui faire prendre un bain », se souvient le batteur. « Le jour où on a dû laver son linge, on a dû la retenir, elle était en train d’hurler « non ! non ! non ! » dans le
lavomatique ». Lynch, selon ses apparitions irrégulières mais toujours remarquées, va encore plus contribuer à la réputation de « freak show » des concerts des Butthole
Surfers.
Un chien, une dame défécatrice, la ménagerie s’agrandit.
Enfin, s’agrandit : au fur et à mesure que le groupe continue à tourner, il devient de plus évident
que Cabbage ne sait vraiment pas jouer de la batterie. « On pensait qu’elle allait rattraper son retard, à la longue – un peu de sens du rythme,
c’est tout ce qu’il faut – mais c’est devenu de pire en pire », dit Leary. « On ne lui a finalement laissé qu’une caisse, et ensuite on
débranchait les micros». Traversant le Tennesse, le groupe largue finalement Cabbage devant le domicile parental. « See Ya,
Cabbage ! ».
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